Une Eneide

Sandra Amodio

TPR
De d'après Virgile

DE L’EMIGRE AU CONQUERANT.
L’un des textes épiques fondateurs de la culture européenne, L’Enéide de Virgile, raconte l’histoire d’un migrant, Enée, fuyant la destruction par la guerre de sa cité du Moyen-Orient, Troie, pour venir fonder un nouvel empire en Europe dont la capitale sera Rome.
A l’heure où les Syriens, pour s’arracher à la guerre qui ravage leur pays traversent la Méditerranée au péril de leur vie, le texte virgilien ne peut que résonner. Une nuance, pourtant, mais de taille, marque une différence radicale entre le héros de Virgile et les réfugiés qui frappent à nos portes : Enée, certes, est d’abord émigré, mais dès lors qu’il découvre que sa mission est de fonder une civilisation nouvelle et qu’il trouve en Italie des résistances à son entreprise, il devient conquérant. Cette différence entre le guerrier troyen et ceux qui aujourd’hui demandent notre asile fait sens : confondre émigration et conquête, n’est-ce pas très exactement ce qui fait le cœur des discours prônant la fermeture des frontières ?
Il n’est d’aucun intérêt d’user de L’Enéide comme d’une métaphore directe du drame de la migration dont la Méditerranée est aujourd’hui le théâtre par contre les écarts entre l’actualité et l’épopée latine, nous révèlent des confusions de notre perception à l’égard de ces personnes qui accostent chez nous. Et c’est autour de ce constat que nous avons construit le spectacle Une Enéide.

LES SIX FIGURES D’ENEE.
Au début du poème, Enée est un émigré, il est celui qui quitte son pays. Lorsqu’il est ballotté par les flots hostiles entre une terre et une autre, il devient le migrant, celui qui se déplace, qui est en mouvement d’un pays qu’il a déjà quitté à un autre qu’il n’a pas encore atteint. Quand il accoste à Carthage, chez Didon, et qu’il lui demande l’asile, il devient l’immigré, celui qui arrive et s’en remet aux lois du pays qui l’accueille. Lorsqu’en Sicile il bâtit, avant de repartir, une cité à laquelle il donne son nom et qu’il peuple de ceux de ses compagnons qui ne veulent pas poursuivre leur voyage jusqu’en Italie, Enée devient le colon, celui qui fonde une communauté nouvelle sur une terre dont il n’est pas issu mais qu’il s’approprie. Enfin, lorsqu’il fait la guerre aux peuples d’Italie et les soumet par les armes, il est le conquérant, celui qui s’empare par la force d’un pays dont il ne vient pas.
Émigré, migrant, immigré, colon, conquérant : cinq figures de voyageurs en lesquels tour à tour le héros de Virgile s’incarne. A ce quintet, il faut ajouter un sixième statut auquel on ne s’attendrait pas de prime abord. Ce dernier masque d’Enée, c’est la lecture que fait Hegel du chant VI, la descente aux enfers qui nous le révèle. Dans son Esthétique, il dénonce, par exemple, le caractère selon lui artificiel de la description infernale et reproche donc à Virgile d’avoir fait de son héros, un touriste. C’est une figure, elle aussi, de voyageur, qui vient compléter les facettes d’Enée.

UNE ECRITURE NOUVELLE, UNE TRAVERSEE EN TROIS TEMPS.
Une Enéide est fondée sur ces six figures. C’est leur déploiement qui a été suivi dans l’œuvre originale, ce sont elles, plutôt que les personnages de Virgile, que chacun des six acteurs prend en charge et c’est elles qui ont servi de base à une écriture nouvelle.

Une Enéide travaille en effet sur trois plans. Le texte virgilien (dans la traduction de Marc Chouet) est traité pour ce qu’il est : une épopée. Le spectacle n’en est pas une adaptation dramatique semblable, par exemple, à celle que fit Berlioz dans son opéra Les Troyennes ; il donne plutôt le texte à entendre, parfois en direct, parfois enregistré, à la manière d’un conte, chaque acteur disant (mais ne jouant pas) les parties dans lesquelles la figure qu’il incarne sur scène apparaît. A ce premier plan, s’ajoute celui de la création de plateau. A partir, une fois encore, des six figures déduites de Virgile, les acteurs et la metteure en scène élaborent des séquences scéniques qui font résonner l’épopée du Troyen avec le drame actuel de la migration. Le dernier plan porte un titre autonome : Le catalogue des vaisseaux. Il s’agit d’un texte original à six voix écrit pour Une Enéide ; un poème scénique qui lui aussi se fonde sur les figures de l’émigré, du migrant, de l’immigré, du colon, du conquérant et du touriste, mais cette fois à la manière d’un oratorio parlé.

Les phénomènes migratoires sont complexes. Plus complexes encore sont les imageries et les fantasmes qui s’y rattachent et les paroles qui les portent. Épopée, création de plateau, oratorio parlé, le spectacle profite de la confrontation du drame migratoire avec le texte virgilien pour démultiplier les voix comme il démultiplie les figures. Une Enéide rend hommage à l’expérience douloureuse des gens qui traversent, mais sans la réduire à une parole unique ni, moins encore, sans produire à son sujet un discours univoque.
Théâtre

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TPR
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Anne Bisang , Directrice artistique
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Distribution

Mise en scène
Sandra Amodio
Production
TPR

Conception
Sandra Amodio
Interprétation
Wissam Arbache
Joëlle Fontannaz
Vincent Fontannaz
Garance La Fata
Camille Mermet
Roberto Molo
Scénographie
Anna Popek
Lumière
Jonas Bühler
Son
Flexfab
Costumes
Coralie Chauvin
Direction technique
André Simon-Vermot
Construction du décor
Valère Girardin
Administration
Violaine DuPasquier
Photos
Hélène Tobler
Adaptation
Sébastien Grosset
Mais encore
Didier Henry
Régie lumière et générale
Stéphane Mercier
Régie son
Dramaturgie
Sébastien Grosset


Photos du spectacle

Aucune représentation

Théâtre Saint-Gervais, Genève
7 au 8 juin 2016


Théâtre du Galpon, Genève
13 au 17 avril 2016


La Grange, Centre / Arts et Sciences / UNIL, Lausanne
3 au 5 décembre 2015


TPR, La Chaux-de-Fonds
24 au 29 novembre 2015


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