Le Zoophile

Cie Selma 95
De Antoine Jaccoud

S'agissant de nous et les bêtes, il me semblait qu'une proximité croissante, et troublante, orientait de plus en plus nos relations avec ces dernières. Mon intuition a trouvé de quoi se consolider dans mes lectures – la production académique sur ces questions est abondante –, ma fréquentation des récentes Journées Philosophiques de Bienne, consacrées à cette thématique et rassemblant un panel international de philosophes, ou par l'observation attentive et continue d'une voisine, qui gère un cheptel de cinq yorkshires tremblants. Quelque chose de très puissant se passe, probablement une véritable révolution – celle de l'ensemble de nos relations avec les animaux, de notre pacte passé avec elles –, mais une révolution polymorphe, voire contradictoire.

Deux mouvements peuvent être en effet clairement identifiés aujourd'hui. L'un, dont les vegans constituent en quelque sorte la manifestation soft et les antispécistes la fraction dure, appelle à la transformation radicale de nos rapports avec les bêtes par l'interdiction absolue de les tuer, de les mutiler et de les détenir. Si j'extrapole les conséquences de ces principes, et c'est là que l'ex-sociologue laisse la place à l'auteur et au dramaturge, c'est une forme d'adieux aux animaux que ce courant prépare puisque seul le consentement mutuel (!) permettra une relation avec l'animal. L'autre tendance prône au contraire, mais probablement avec un respect non moins grand – quoique différent dans sa nature –, à l'égard de l'animal, un usage généralisé de celui-ci comme auxiliaire de santé. Ce courant, que l'on appellera ici celui de l'animal pansant, connaît un succès non moins retentissant que le veganisme.

Récemment opéré à la clinique La Source, j'ai vu le chat attaché à cet établissement – pour le bien des malades et non l'extermination des souris –, et une éducatrice m'a raconté il y a peu comment l'hippothérapie, largement mobilisée pour le soin des personnes dépendantes à l'alcool ou les enfants souffrant d'autisme, était utilisée également, même dans le canton de Vaud, pour la resocialisation des « racailles » les plus dures dans les institutions vouées à accueillir les jeunes en rupture scolaire. On le voit, la question de l'Animal est une puissante question sociétale dont le potentiel théâtral – cérémonies, spectacles, performances, lectures, conférences, retour de l'animal sur le plateau à l'heure où le cirque doit se passer de ses services – n'échappera à personne.

Décidé à réfléchir aux conditions de transformation de ces mouvements de fond de nos mœurs en un ou plusieurs projets culturels, j'en parlai à Vincent Baudriller, premier directeur en charge de Vidy à s'intéresser au travail de ma compagnie et de moi-même. Enthousiaste et décidé à faire de son théâtre une chambre d'écho des murmures, voire des aboiements et des rugissements, du monde, il mettra, au printemps 2017, tous les plateaux de Vidy à disposition pour une programmation entièrement dédiée à cette thématique et placée sous la responsabilité artistique de Selma 95. C'est donc un Théâtre de Vidy aux allures de zoo, de ménagerie, d'écurie, de salle d'attente de vétérinaire, de lieu de débat enfin, débats mêlant, nous le souhaitons, personnes humaines et personnes animales – pour parler comme les antispécistes – qu'il faut imaginer pour bien appréhender le projet.

Contact Administratif

Cie Selma 95
c/o Le Buro Rue de Genève 52
1004 Lausanne
Suisse



Distribution

Chorégraphie

Production
Cie Selma 95

Interprétation
Jean-Yves Ruf
Lumière
Yann Godat
Administration
Cristina Martinoni | rue#917
Mais encore
Production: Anne-Laure Sahy
Dramaturgie
Antoine Jaccoud


Photos du spectacle

Aucune représentation

Théâtre de Vidy-Lausanne, Lausanne
26 avril au 3 mai 2017


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